Contexte

Traditionnellement, les maisons Maasaï en Tanzanie sont peu ventilées et équipées d’un « Feu 3 pierres » pour la cuisson. Elles sont donc très enfumées et sombres. La pollution de l'air intérieur par les fumées de cuisson est à l’origine d’un nombre très important de décès . (Estimation de l’OMS: Plus de 4 millions de personnes meurent prématurément de maladies imputables à la pollution de l’air domestique due à la cuisine à base de combustibles solides) Pour remédier à ce problème de santé publique, particulièrement pour les nouvelles mères et leurs nouveau-nés qui restent à l'intérieur pendant les six premiers mois après la naissance, de nouvelles techniques sont  encouragées :  l'utilisation de fourneaux économes en combustible  et équipés de cheminée permettant l’évacuation des fumées, associée à des systèmes solaires fournissant de l’éclairage. En parallèle à l’amélioration de leur état de santé et de celui de leurs enfants, les populations  bénéficiaires aident à lutter contre le réchauffement climatique, à diminuer le travail des femmes dans la collecte de bois de cuisson, et à préserver les arbres dans leur environnement  

Avec un autre membre actif de CODEGAZ, Sandrine Cervoni-Weigert, chargée de mission à GRTgaz, est partie en mission du 22 septembre au 2 octobre 2012 dans le district de Monduli (région située autour d’Arusha en Tanzanie). Cette mission, effectuée dans le cadre de la convention tripartite entre la Fondation GDF SUEZ, l’ONG américano-tanzanienne ICSEE et CODEGAZ, portait sur l’installation de  foyers améliorés dans 4 villages Maasaï (après une expérimentation antérieure menée dans 4 premiers villages) Le projet global  porte sur 30 villages du district de Monduli, soit au total environ 30 000 habitations, avec pour objectif d’équiper à terme 60% des maisons, taux actuellement atteint dans le village où le projet a démarré.

Grâce à la présence des acteurs locaux initiateurs et responsables du projet, elle a pu: 


- visiter les villages dans lesquels les foyers ont déjà été installés et assister aux tests de performance ;

- assister à la réunion de lancement du projet dans un nouveau village impliquant une centaine de villageois ;

- participer très concrètement aux séances de formation d’une équipe de cinq femmes de ce village à la construction des foyers et cheminées ;

- discuter avec les populations du projet (lancement et développement futur).

En outre, cette mission comportait une option de détection de nouvelles opportunités pour des actions connexes,  notamment dans le domaine de l’alimentation en eau quasiment inexistante.

Sandrine nous livre ses sentiments :

 

« En premier lieu, je me souviendrai longtemps de cette rencontre privilégiée avec le peuple Maasaï : j’ai été particulièrement touchée par leur accueil à la fois simple et chaleureux. J’ai été fascinée par cette culture que je ne connaissais pas et très impressionnée par l’énergie et la volonté de ces femmes qui, pendant les sessions de formation, faisaient et refaisaient sans relâche ces gestes si nouveaux pour elles.  Leur enthousiasme et leur fierté, si légitime, une fois le foyer construit faisaient vraiment plaisir à voir ! Il était également très intéressant de constater que, si le projet remportait l’adhésion de tous les villageois concernés, hommes et femmes avaient une sensibilité différente : les femmes complètement convaincues de l’intérêt pour elles et leurs enfants de ce nouveau foyer en terme de qualité de vie et de santé de toute la famille, les hommes plus désireux de s’équiper de panneaux solaires pour l’éclairage, notamment avec des lampes pour l’extérieur, perçues comme signe extérieur de richesse et donc valorisant pour leur statut dans la communauté. Associer les deux est donc un véritable atout du projet.

L’enjeu est ensuite malgré tout de décider les maris à réaliser cet investissement. Car si l’achat des foyers est « subventionné », une bonne partie est financée par les familles. Et les hommes restent souvent détenteurs de la richesse familiale, capitalisée sous forme de bétail. Et comme le bois n’est pas acheté, il est difficile de définir un retour sur investissement en terme monétaire pour les acquéreurs. Il faut donc s’appuyer sur d’autres arguments : santé, pénibilité de la corvée de bois, diminution des lessives, temps supplémentaire pour faire un peu de cultures vivrières…

Autant d’éléments que savent d’ailleurs très bien développer les utilisatrices actuelles, avec une verve impressionnante même quand on ne connait pas un mot de Swahili ni de Maasaï ! D’où l’idée de favoriser les rencontres entre ces femmes pour aider à l’extension du projet, ce qui n’est pas facile dans un contexte d’habitat très dispersé.

En second lieu, j’ai été complètement convaincue de la qualité d’organisation et du professionnalisme de nos partenaires locaux. Ils ont fait en sorte que la mission se déroule dans d’excellentes conditions, dans une région pourtant encore inconnue pour CODEGAZ . Nous avons eu des discussions passionnantes autour du projet, tant avec Robert Lange, professeur américain qui connait depuis fort longtemps les populations locales et leurs modes de vie,  qu’avec Kisioki Moitiko, jeune guerrier Maasai, actuel manager du projet sur place. Ces échanges et les visites dans les différents villages nous ont permis de véritablement mesurer l’impact du projet, mais également de comprendre les difficultés rencontrées et de partager sur les solutions envisageables : problèmes techniques sur le transport des boitiers métalliques, augmentation de l’efficacité énergétique du foyer, management du projet au fur et à mesure qu’il prend de l’ampleur...

Les points forts que j’en retiens, outre l’indéniable amélioration des conditions de vie des Maasaïs, sont :

•  une vraie intégration aux habitudes de cuisson Maasaïs et à leur mode de vie

•  une contribution à la dynamique économique de la Région : matériaux disponibles localement, fabrication sur place des foyers, personnel Maasai, que ce soient les ouvriers, les installatrices ou les managers ;

•   un souci permanent d’adapter le projet, en fonction du retour d’expérience accumulé.

L’investissement de chacun a porté ses fruits, le bilan est très encourageant pour la suite à donner… »

Les étapes suivantes ont été de poursuivre l’accompagnement des parties prenantes pour le développement des foyers dans les villages, assurer les reportings ad-hoc et analyser les résultats.  En parallèle, la rencontre d’acteurs locaux a permis de mesurer les besoins de ces populations dans des domaines  tels que la purification de l’eau, la diversification alimentaire… pour cibler des actions pertinentes d’amélioration de leurs conditions de vie. Grâce aux efforts d’ICSEE et de ses partenaires, il y a maintenant plus de 800 foyers installés (visibilité nationale avec la visite du Vice-Président tanzanien sur place). La qualité de ce projet  laisse espérer l’inscription de ce partenariat entre CODEGAZ et ICSEE dans la durée.

Conclusion

Cette expérience aura été très enrichissante : qualité des relations avec les autres bénévoles de CODEGAZ et toutes les personnes impliquées dans le projet, découverte d’un pays et d’une culture, remise en perspective du mode de vie occidental où ce qui semble évident comme l’accès à l’électricité et à l’eau courante est un luxe à peine imaginable pour d’autres... »

Sandrine a apprécié de pouvoir s’investir sur une problématique très concrète qui concerne à la fois la qualité de vie, la préservation de l’environnement et le développement économique local, en répondant à un besoin essentiel des populations. Elle souhaite poursuivre et selon les besoins, s’investir et à découvrir de nouveaux domaines en fonction des besoins de l’association.

Si comme elle, vous disposez d’un peu de temps pour participer à notre action, rejoignez nous !